Quand Babylone se mord la queue...

C'est une histoire de la technologie contre le capital...
Il y a eu le gramophone à manivelle et les gros disques en baquelite. Puis la platine à vinyls électrique, les 45 tours et une industrie du disque florissante. Et puis le numérique est arrivé...
C'était pour le recensement de la population suite à un afflux massif d'immigrants que les états-uniens ont élaboré les premières trieuses et tabulatrices numériques. Puis ils vendirent leur invention à Hitler (via IBM) pour assurer la logistique des camps de concentration et planifier des exterminations massives d'êtres humains. Les ordinateurs n'étaient alors que de grosses machines électro-magnétiques constituées de lampes qui attiraient les insectes et les "bugs" (insectes en anglais) étaient une cause de panne courante. Mais revenons à l'industrie du disque et à la numérisation des enregistrements analogiques. La matérialisation du son passa ainsi de l'enregistrement analogique à l'enregistrement numérique et nous voilà contraints de changer nos disques vinyls en disques compacts. Voilà enfin un disque plus compact et soit-disant de meilleure définition car pour vendre, il faut toujours proposer mieux. Moins de matière pour plus de musique et de meilleure qualité donc plus de bénéfices pour les industries. Et la consommation de musique est relancée. La technologie numérique, tel que son nom l'indique n'est constituée que de 2 chiffres: 0 et 1, sa logique est aussi simple que celle d'un interrupteur. L'artiste musicien, faux rebel au service de la production capitaliste, qui ne vit plus de ses représentations scéniques mais de ses enregistrements gravés sur disques et reproduits, peut désormais s'enrichir et se la couler douce à partir du moment où il assure à sa maison de disque les bénéfices colossaux qu'elle envisage. L'heure n'est plus à la dissidence révolutionnaire ou à la conscientisation des masses mais au produit commercial anti-cérébral. Tout est mis en oeuvre pour faire du disque un objet somptueux, clinquant, précieux et calibré autrement dit hautement matériel alors que son contenu ne l'est pas puisqu'il ne s'agit que de 0 et de 1. Voici comment la musique, un art volatile et éphémère par excellence est devenue une des mannes les plus juteuses de la production capitaliste. Alors que faire de tous ces disques une fois nos multiples étagères IKEA remplies ? En y regardant de plus près, il se trouve que le disque dur de notre ordinateur ressemble fortement à une platine à vinyls miniature et que le vulgaire disque compact sur lequel est enregistré notre album préféré de Johnny est un disque dur sans diamant. De plus, étant donné la capacité de stockage inégalable de ce disque dur, pourquoi ne pas y enregistrer toute la musique que j'aime voire même celle que je ne connais pas afin de savoir si je l'aime ? C'est l'arrivée du mp3, un format audio léger permettant à la musique, cet élément aussi libre que l'air, de circuler gratuitement et librement du cd à l'ordinateur et de l'ordinateur à internet. Voilà soudain une arme de destruction massive qui pète à la gueule des industries du disque. Une chute libre des ventes de cds et une augmentation de leur prix de plus de 50 %. Avec le mp3, le cd passe à la trappe. Les maquereaux de la musique et leurs artistes prostitués ont vu leur business débandé à la vitesse du son. Un renversement de situation unique dans l'histoire de la marchandisation de l'art. Alors que le disque vinyl était de loin le support le plus extraordinaire dans la conquête de la matérialisation sonore, les fanatiques du marché se sont "auto-enculés" en voulant pousser plus loin la logique bourgeoise de l'innovation technologique et spéculative. La musique, quoi qu'on en fasse, n'a pas la vocation d'être matérielle et son aura n'est pas chiffrée. Son message "vole dans le vent" comme dirait Dylan...
Dans la tentative ridicule et autoritaire de "punir" la délinquance numérique qu'elle a elle-même engendré et incité en légalisant l'informatique domestique et avec elle l'internet à tous les étages, l'état capitaliste, à la solde des industries du disque, essaye en vain de faire voter une loi interdisant les téléchargements "illégaux" de fichiers mp3. C'est comme quand ce même Etat hypocrite autorise les ventes d'armes et puni les crimes qui en découlent. Quand les lois cesseront d'être votées pour arranger les affaires des plus riches et condamner la résistance des plus pauvres, alors seulement nous pourrons les considérer valables et dignes d'être respectées. Nous cesserons de vivre dans un pays totalitaire le jour où il n'y en aura plus que pour les pilleurs d'âmes et leurs charlatans complices.
Tant que des Benabars ou des Aznavours ouvriront leur gueules fétides de miauleurs consensuels et décervelés par leur amour de l'argent et des médailles pour soutenir une loi qui leur permettra de manger un peu plus de caviar et d'avoir un peu plus de groupies hurlant leurs textes de mauvaise foi dans des concerts de charité populistes, je continuerai de télécharger allègrement, et avec toute ma conscience politique en sus, la discographie complète de Georges Brassens ou de tout chanteur contrebandier digne de ce nom...
VM.




